📌 Point presse : Retour sur le concert de dimanche 18 octobre dédié à Ravel, avec le grand CharlesDutoit à la direction. Découvrez le compte-rendu d’André Peyrègne

PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO : CHARLES DUTOIT, L’ORFÈVRE DE RAVEL.

Tout l’art d’un grand chef dans Ma Mère l’Oye et l’ Heure espagnole .
A quoi reconnaît-on les grands chefs ? A leur capacité à diriger des symphoniques grandioses, des opéras monumentaux ? Non, des « petites » œuvres suffisent.Il a suffi de Ma Mère l’Oye de Ravel, dimanche, au concert du Philharmonique de Monte-Carlo, pour que Charles Dutoit s’impose en grand chef. Toutes les nuances, les respirations, les attaques, les enchaînements, les jeux d’équilibre entre pupitres, les passages de relais d’un instrument à l’autre, étaient calibrés avec une précision d’orfèvre. Oui, Charles Dutoit est un orfèvre de Ravel.
Il résulta de cela un climat magique. Des fées se trouvaient jusqu’au sein de l’orchestre : Liza Kerob dont l’aigu du violon répandait des sons célestes, la clarinettiste Marie B. Barrière qui assumait à ravir le rôle de la Belle, Anne Maugue dont la flûte berçait le sommeil de la princesse, la harpiste Sophia Steckeler dont les glissandos semaient des étoiles, et Héloïse Hervouet, qui, comme une fée clochette, faisait étinceler le tintement léger de son célesta. Les hommes n’étaient pas en reste. Dans cet univers de contes, ils étaient autant de princes charmants derrière leurs instruments : Frédéric Chasline au contrebasson dans le rôle de la Bête (rôle de composition, bien sûr !), Thierry Amadi au violoncelle, François Méreaux à l’alto, Patrick Peignier au cor. Et, tout là haut, au fond de l’orchestre, Julien Bourgeois rythmait de coups de timbales cette ascension vers le bonheur que constitue le crescendo du « Jardin féerique » – lorsque se réveille la Belle au bois dormant.Il nous reste peu de place pour parler de l’ Heure espagnole . Les battements de vieux métronomes introduisirent l’orchestre, comme autant de balanciers d’horloges. Cinq solistes : le ténor Eric Huchet dans le rôle de l’horloger cocu, la soprano Karine Deshayes dans celui de sa femme volage, le baryton Thomas Dolié dans celui du déménageur d’horloges, le ténor Julien Behr et la basse David Wilson-Johnson dans ceux des amants qui se cachent dans les horloges.
Les chanteurs furent supérieurs quantitativement et qualitativement à la chanteuse, laquelle semblait trop accrochée à sa partition.
Il n’empêche on a passé là une bonne heure – heure espagnole, bien sûr !

André PEYREGNE